Le sauvage mouillé

Amerindien

Certains soirs, on raconte qu’il est possible d’apercevoir, près du Sault-au-Récollet en remontant la rivière des Prairies, un amérindien complètement trempé qui, accroupi près d’un feu de camp, tente désespérément de se réchauffer. Ses longs cheveux et ses vêtements de peaux dégoulinants, il demeure immobile telle une statue de pierre et refuse d’adresser la parole à quiconque. Les téméraires qui se sont approchés de lui s’entendent tous pour affirmer que le feu de cet indien n’émet aucune fumée et ne donne pas la moindre chaleur. De plus, toutes les gouttes qui suintent de ses vêtements disparaissent avant de toucher terre.

La légende veut que ce sorcier amérindien ait assassiné un père missionnaire particulièrement bon du nom de Viel ainsi que son protégé, un jeune et valeureux guerrier autochtone nommé Ahuntsic. Ces deux hommes, qui voulaient établir une paix durable entre les nations amérindiennes et les communautés européennes nouvellement installées à Hochelaga, déplaisaient énormément à certaines tribus iroquoises. C’est pendant une expédition en juin 1625, alors qu’un cortège de canots d’écorce remontait la rivière près du Saut-au-Récollet, que le sorcier et ses hommes en auraient profité pour attaquer le père Viel et son compagnon. Prises par surprise, les victimes n’auraient pas eu le temps de se défendre. Les iroquois enragés pillèrent le cortège et mirent la main sur de précieux barils d’eau-de-vie. On dit que le sorcier, pour fêter sa victoire, aurait présidé une lugubre cérémonie au cours de laquelle il démembra l’homme d’Eglise à coup de hache. Il l’aurait ensuite jeté, morceau par morceau, dans les rapides de la rivière des Prairies. Comme il terminait sa basse besogne, le meurtrier aurait perdu pied et serait tombé à son tour dans la rivière avec ses victimes.

Frappée de la malédiction divine pour l’atrocité de ses actes, l’âme du sorcier serait depuis ce jour condamnée à grelotter sur les rives du rapide. Il est toujours possible de l’apercevoir, trempé et frissonnant, par les soirs sans lune où une lourde brume enveloppe le tumulte des eaux.

Bien qu’elle soit très impressionnante pour les témoins, cette apparition demeure tout à fait inoffensive. A ce jour, on ne rapporte aucune agression de la part du spectre du sorcier iroquois, que l’on appelle le « sauvage mouillé ».

Créatures fantastiques du Québec. 1, Bryan Perro

Sauvage mouille

Commentaires (1)

françoise Tardivel
  • 1. françoise Tardivel | 21/08/2016
Passionnant, merci !

J habite rue du Sauvage mouillé à Sainte-Adèle !

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