Le forgeron guérisseur de Deschaillons

Forgeron

Il n’y a pas eu au Québec plus grand guérisseur que cet homme étrange, austère et taciturne que l’on appelait simplement Jos. Il était de petite taille, mais d’une force exceptionnelle, et, selon les personnes qui l’ont un peu fréquenté, il avait régulièrement des visions, et les anges venaient le voir de temps en temps pour lui dire comment guérir les maladies de ses concitoyens.

Sans contredit, ce forgeron un peu spécial avait des pouvoirs mystérieux. En plus de soigner les chevaux de façon peu orthodoxe, il pouvait facilement guérir les humains. Pour ce faire, Jos utilisait fréquemment les outils et matériaux dont il disposait dans son atelier. Par exemple, l’eau de forge dans laquelle il refroidissait le fer chauffé lui servait à soigner les inflammations causées par l’herbe à puce, de même que les maladies de la peau et les verrues. Cette eau pouvait même arrêter la chute des cheveux. Pour guérir des feux sauvages et les lèvres gercées, le forgeron enveloppait une hache dans de l’écorce de bouleau et la mettait ensuite au feu. Quand elle était rouge, il la refroidissait lentement dans de l’eau de forge, puis il la frottait sur les lèvres de la personne malade. Lorsqu’il devait soigner un enfant rachitique qui avait souvent des maux de ventre, Jos le couchait à plat ventre, torse nu, sur l’enclume. Avec un marteau, il frappait l’énorme pièce de métal pour la faire vibrer et plaçait l’outil sur le dos de l’enfant. Il répétait ce rituel trois fois.

Spécialiste des douleurs au dos, le forgeron conseillait à ses patients qui faisaient la file devant son atelier de boire une préparation à base de gin et de rognon de castor, puis ils leur mettait sur le dos un morceau de morue salée et leur serrait la taille avec un large ceinturon rouge. A tous les coups, le malade guérissait en quelques heures et pouvait aussitôt retourner dans ses champs.

Travaillant toujours avec des produits naturels, l’homme avait, au-dessus de son établi, des étagères remplies de pots contenant des graines de citrouille, des rhizomes de chiendent, des queues de cerises ou encore des décoctions de graines de lin ou de cheveux de blé d’Inde. On y trouvait également de la gomme de sapin pour les cataplasmes et des feuilles de fougères prêtes à être utilisées comme désinfectant. Pour soigner un rhume, il n’y avait rien de mieux qu’une potion à la crotte de mouton de sa création, et la térébenthine n’avait pas sa pareille pour soulager les hémorroïdes.

Un jour, le forgeron disparut de Deschaillons sans laisser de traces. Pas la moindre parole ni la plus petite note. Il s’était volatilisé ! On retrouva toutes ses affaires chez lui, même ses vêtements, en tas, tout près de son enclume. Les gens de la région pensèrent longtemps que Jos était en fait un ange venu des cieux pour les soulager un peu. Encore aujourd’hui, rien ne prouve le contraire, et rien ne peut expliquer son mystérieux savoir ni son étrange disparition.

Créatures fantastiques du Québec .2, Bryan Perro

Deschaillons

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